Mon histoire IA — 3. Tous mes œufs dans le même panier
Sommaire
Le panier #
Je monte un max de mon activité pro sur la base d’un outil unique. Tous mes œufs dans le même panier — et je n’aime pas ça. Donc tout en bossant avec Claude, je garde un œil attentif sur les autres offres du marché, pour vérifier que je peux basculer sans souci si un problème survient.
Quel problème, me direz-vous ?
La came pas chère #
D’abord, l’argent. Je pense fondamentalement que même à cent balles par mois, mon abonnement n’est pas assez cher par rapport à ce que ça me rapporte — et surtout par rapport à ce que ça coûte en vrai. Anthropic et OpenAI font clairement du dumping avec leurs abonnements : ce n’est pas rentable pour eux, c’est un moyen de rendre les gens accros avec de la came pas chère, sans rapport avec le coût réel du truc. Achetez la même IA à l’usage — au million de tokens consommés — et vous paierez dix à quinze fois plus cher. C’est ce que paient les entreprises qui mettent l’IA dans leurs process de production.
Premier risque, donc : dépendre de Claude, voir Anthropic augmenter drastiquement ses tarifs, et me retrouver pieds et poings liés.
La pérennité #
Plus grave : Anthropic et OpenAI ne rentrent pas assez de blé au vu des investissements engloutis pour développer et faire tourner leurs modèles. Je me suis mis à poser sérieusement la question de la pérennité même de leur offre. Si je me retrouve dans quelques mois avec des projets pro en cours et plus d’IA pour les soutenir, je suis mort.
Et de manière plus systémique, je pense de plus en plus fermement que leur stratégie ne tient pas la route. Ils font un pari sur l’IA universelle surpuissante qui dépassera l’être humain, blabla. Ils communiquent à mort sur les risques et les dangers, leurs IA s’échappent miraculeusement de leurs bacs à sable par une porte laissée ouverte — oups. En bref, une fuite en avant pour justifier la stratégie.
Sauf que les milliards que leurs filent les investisseurs partent payer les infrastructures et les puces. Et ce sont les boîtes qui vendent les puces et l’infra qui encaissent le blé — pas les labos qui développent les modèles. Ceux qui moissonnent, c’est Nvidia, Amazon et consorts. Tout le monde commence à se demander si le business modèle est viable.
Pendant ce temps, les clients qui payent plein tarif commencent à trouver que ça coûte beaucoup trop cher, et ça freine sérieusement. D’un côté, les deux loustics bradent leur IA au grand public — et ça rapporte que dalle. De l’autre, ils peinent à vendre leurs services rentables. Et comme ils ont tout misé sur les giga-modèles…
Le pickup V16 #
…ils se retrouvent avec des programmes gigantesques qui coûtent une blinde en thune, en électricité, en eau pour tourner. C’est comme s’ils avaient tout misé sur des pickups géants — V16 de 8,7 litres de cylindrée et 1600 chevaux. C’est bien joli pour faire un concours de celui qui pisse le plus loin, mais à l’usage, ça coûte la peau des fesses.
Et qui a compris ça parfaitement ? Nos amis chinois. Ils inondent le marché avec des solutions bien plus économes, qui font 98 % du job de nos SUV ricains — et ils sont en train de bouffer le marché pro à très grande vitesse. D’autant qu’ils font des modèles que n’importe quelle boîte peut héberger et mettre en œuvre sans dépendre de qui que ce soit : ni du gouvernement américain, ni du chinois, ni même des labos qui les créent.
Bref. Tout miser sur Claude n’est clairement pas mon meilleur pari. Reste un problème : avant de changer d’outil, il faut vérifier qu’on peut travailler ailleurs dans les mêmes conditions. Je me mets donc à tester la concurrence sur un même projet — même cahier des charges pour tout le monde, chaque IA dans son coin.
C’est comme ça que j’ai pris la claque la plus instructive de toute cette histoire.
Ça, c’est pour le prochain billet.